Qu’est-ce qui pousse les gens à consommer ce qui les détruit?

30 11 2010

Cocaïne, alcool, caféine, jeux de hasard : dépendances similaires?

La dépendance est souvent associée à des substances telles que la caféine, l’alcool, le tabac et les drogues. Or, ce ne sont que quelques exemples qui sont caractérisés par le caractère toxicologique de l’addiction. En effet, les diverses dépendances (addictions) peuvent concerner de multiples aspects de la vie d’un individu. Une addiction désigne tout attachement nocif à une activité ou encore à une substance qui mène l’organisme à une incapacité de fonctionner normalement en l’absence de ce facteur. C’est ainsi que le jeu, la dépendance sexuelle, la dépendance au travail de même que la cyberdépendance peuvent être considérés comme des addictions.

Un verre de vin par jour, quelques cigarettes par jour, un joint par jour : la limite entre habitude de vie et addiction

Pour de nombreuses personnes, ce type de consommation constitue une habitude de vie. Dans le but de déterminer la limite entre la consommation acceptable et une addiction, l’apparition de la tolérance est un bon indicateur. Selon le DSM et l’Organisation mondiale de la santé, il est également possible d’observer si l’habitude est devenue une addiction lorsqu’elle correspond aux facteurs suivants :

  • Agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement
  • Tolérance marquée: besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité
  • Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement
  • Plaisir, soulagement ou perte de contrôle pendant le comportement
  • Activités sociales, professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées par le comportement
  • Perpétuation du comportement, bien que le sujet sache qu’il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent d’ordre social, financier, psychologique ou psychique

Ces facteurs peuvent s’appliquer tant aux dépendances liées à des substances qu’à des activités.

Dopamine: générateur des sensations de plaisir : et si on pouvait s’en procurer en vente libre?

Figure 1- Localisation du noyau accumbens et de l'aire tegmentale ventrale

Puisque les dépendances sont couramment causées par les sensations de plaisir qu’elles procurent, une étude plus approfondie du sujet s’avère pertinente. La génération des sensationsde plaisir les plus intenses par le cerveau est causée par la stimulation d’un circuit bien particulier portant le nom de circuit de la récompense. Ce circuit comprend deux centres majeurs ayant une influence sur le comportement humain, soit le noyau accumbens et l’aire tegmentale ventrale (ATV) (voir Figure 1).

Figure 2 : Communication entre deux neurones par un influx nerveux voyageant le long d’un axone

Au sein de ces deux centres se trouvent des groupes de neurones qui communiquent entre eux à l’aide d’influx nerveux. Ces «phénomènes électriques» voyagent le long des axones qui constituent les prolongements des neurones (voir Figure 2).

 

Un neurone de l’aire tegmentale ventrale transmet l’influx nerveux à un neurone du noyau accumbens au niveau d’une synapse (voir Figure 3).

Figure 3 : Libération de dopamine par un neurone transmetteur vers un neurone récepteur

L’influx nerveux déclenche la production de dopamine qui agit comme agent chimique de communication (neurotransmetteur). Le neurone transmetteur (celui du haut) envoie la dopamine au neurone récepteur (celui de bas) qui reçoit, dans le présent cas, l’information de bien-être. Bref, la génération des sensations de plaisir vient de la sécrétion de dopamine au niveau du circuit de la récompense dans le cerveau.

Sur le plan évolutif, ces sensations de plaisir ont des fonctions particulières. Considérant que le rôle principal de l’encéphale est de maintenir l’équilibre corporel (homéostasie), il envoie des messages au corps dans le but de l’inciter à réagir en situation de déséquilibre. De ce fait, lorsque l’équilibre est affecté, il dicte au corps l’action permettant d’inverser la situation. Le plaisir est une façon de communiquer avec le corps. Des systèmes cérébraux spécialisés coordonnent la procuration de plaisir avec l’exécution de comportement avantageux pour l’être humain d’un point de vue évolutif (survie). Ainsi, les sensations de plaisir nous poussent notamment à combler nos besoins primaires tels s’alimenter et se protéger du froid. Ils constituent également un moyen pour l’être humain d’assurer la continuité de son espèce puisque la reproduction s’accompagne de sensations de plaisir.

Que peut-il se produire dans le cerveau d’une personne «addicte» pour qu’elle soit incitée à consommer ce qui la détruit ?

En fait, la prise de drogue comme la cocaïne ou l’accomplissement d’activités hautement stimulantes comme les jeux de hasard modifient des mécanismes cérébraux, entre autres, le circuit cérébral de la récompense. La modification de ces mécanismes mène à la recherche compulsive de drogue ou la répétition compulsive d’une activité addictive de plusieurs façons.

 

Toutefois, on ne sait toujours pas avec certitudes ce qui produit l’addiction dans les mécanismes cérébraux et pourquoi certaines personnes peuvent consommer sans toutefois devenir toxicomanes tandis que d’autres à doses moindres deviendront rapidement sous l’emprise de la drogue. Les développements des dernières décennies dans les études de la neurobiologie ont permis d’élaborer une multitude de théories. Nous avons choisi d’en présenter quelques une qui nous paraissaient les plus significatives.

D’abord, point commun pour les substances addictives : elles entraînent une augmentation de la libération de dopamine par l‘aire tegmentale ventrale vers le noyau accumbens, deux régions du cerveau appartenant au système de la récompense. En clair, il y a donc de façon générale, comme il est expliqué plus haut, une sensation de bien-être immédiat qui suit la consommation de drogue.

 

Ce n’est cependant plus le cas pour les personnes qui peinent à contrôler leur consommation. Si les premières prises de drogues s’accompagnaient d’une amélioration de l’humeur, les prises suivantes ne servent qu’à remonter l’humeur à l’état normal. En effet, le circuit de la récompense devient moins réactif d’une telle façon que les stimulants naturels du plaisir (manger par exemple) ne parviennent plus à donner un sentiment de satisfaction à l’utilisateur de drogue ce qui l’influence à consommer davantage.

Figure 4 : Détérioration et fluctuation de l’humeur en fonction des prises de drogues

Un dysfonctionnement dans les systèmes du stress aurait aussi des conséquences sur l’humeur du consommateur qui contribuerait à son addiction. La production « normale » d’hormone du stress par les glandes corticosurrénales serait remplacée par l’autoproduction de stress par le cerveau lui-même, l’hormone CRF (corticotropin-releasing factor [1]) sécrétée par l’amygdale, et provoquerait une détérioration progressive de l’humeur (Figure 4). Ceci augmenterait le besoin de prendre de la drogue pour obtenir un sentiment de satisfaction.

 

En plus des effets ci-dessus contribuant à l’addiction, il y aurait selon Steven Hyman, de l’université Harvard: « une usurpation pathologique des mécanismes neuronaux d’apprentissage et de mémoire qui, dans des conditions normales, servent à façonner les comportements de survie. » [2] Les mécanismes cérébraux sont donc modifiés par la consommation de drogue. La dopamine ayant un rôle crucial dans les activités fondamentales comme la faim, la soif ou la reproduction, l’environnement où l’individu peut se satisfaire acquiert une importance cruciale dans le façonnement des comportements de survie. La drogue, qui augmente la libération de dopamine, bouleverse ce phénomène et augmente l’importance du contexte dans lequel la drogue est consommée.[3] Par exemple, à la simple vue d’une seringue, un ex-héroïnomane peut se mettre à la recherche frénétique de sa drogue même s’il y a un moment qu’il est sevré. Ceci explique pourquoi les cas de rechute sont fréquents chez les ex-toxicomanes. Dernière hypothèse, ces modifications des mécanismes cérébraux auraient aussi une influence sur le seuil relatif pour ressentir une sensation de bien-être. Sous ce seuil, une personne ressent du mal-être alors qu’au-dessus  c’est la sensation de bien-être. Ce seuil relatif, différent pour chacun, est susceptible de s’élever avec la prise de drogue, ce qui augmente les chances de se trouver en dessous par la suite et de vouloir consommer de la drogue pour retrouver le seuil.

En somme, l’état addictif découle de l’adaptation du cerveau à la prise répétée de drogue

Mesures gouvernementales, publicités chocs : tentatives pour limiter les dépendances

« La prévalence de la consommation de cannabis au cours des 12 derniers mois a diminué chez les jeunes de 15 à 24 ans, passant de 37,0 %, en 2004, à 26,3 %, en 2009. »

« Chez les jeunes de 15 à 24 ans, la consommation de l’une ou l’autre des cinq drogues illicites suivantes : cocaïne ou crack, amphétamines, hallucinogènes, ecstasy et héroïne, au cours des 12 derniers mois, est passée de 11,3 %, en 2004, à 5,5 %, en 2009. »

Qu’en est-il pour la nicotine?

Images chocs sur les paquets de cigarettes, publicités choquantes : de nombreuses méthodes sont déjà en fonction pour tenter de limiter la consommation de nicotine. Est-il possible de réduire davantage la proportion de fumeurs?

Considérant que les découvertes médicales liées à la consommation de nicotine ont prouvé que celle-ci est nocive pour la santé, les moyens limitant sa consommation ont grandement évolué. Malgré tout, nombreuses personnes continuent de fumer. Toutefois, cette proportion de la population pourrait diminuer davantage. En effet, les études et les expériences médicales créent de nouveaux produits aidant à diminuer la dépendance. Par exemple, des chercheurs canadiens ont récemment découvert une pilule qui diminuerait la sensation du besoin constant de nicotine. Il est à noter qu’il est dans le pouvoir du gouvernement d’instaurer de nouvelles lois, tel qu’il a déjà été fait avec la loi sur le tabac, permettant de réduire la consommation de nicotine et l’exposition à la fumée secondaire. Ainsi, une interdiction de fumer les automobiles en présence d’une personne d’âge mineure pourrait diminuer la tentation des jeunes à fumer. Alors que cette loi aurait pour effet de diminuer la consommation des Québécois, elle réduirait par le fait même l’exposition des mineurs à la fumée. En se fiant au fait aux données de statistiques Canada, le pourcentage de fumeurs au Québec s’élève à 24,4% alors qu’il est de 20,5% au Manitoba. Il est donc logique de croire qu’une diminution de la proportion de fumeurs au sein de la population québécoise s’avère possible.

 

Sources:

http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/toxicomanies/toxicomanie/psychopath/psychopath.htm

http://www.raidblue.ch/prevention-jeunes/alcool/dependances/quels-sont-criteres-definissent-dependances.html

http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/addiction/#5

http://www.croixsens.net/sexe/convoite.php

http://www.drogues-dependance.fr/s_informer-action_des_drogues.html

http://www.bonjour-docteur.com/actualite-sante-dependance-qu-est-ce-que-le-circuit-de-la-recompense–1016.asp?1=1

http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_03/i_03_cl/i_03_cl_que/i_03_cl_que.html

http://www.arte.tv/fr/Les-drogues-et-le-cerveau/992184.html

http://www.humanillnesses.com/images/hdc_0000_0001_0_img0085.jpg

http://totoleouf.free.fr/upload/03_neurone.jpg

http://www.doctissimo.fr/html/dossiers/tabac/arreter_fumer_medicaments.htm

http://www.statcan.gc.ca/pub/82-621-x/2006002/t/smoking-fumer/4053719-fra.htm
http://drugabuse.gov/ResearchReports/Cocaine/effects.htm

[1] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8971127

[2] http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=22860

[3] http://users.skynet.be/toxicomanie/dopamine.htm

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3 responses

1 12 2010
Frédéric

Bel article! Contenu intéressant et bien vulgarisé malgré la complexité du sujet.

8 12 2010
Anne Rossignol

C’est très bien! Oui, bien vulgarisé, pas d’erreurs au niveau du contenu, le texte est clair (il y a la partie sur l’évolution qui était correcte, mais moins limpide). Bien documenté!
J’ai aimé la présence de sous-titres.
Côté apparence :
Très bien fait, mais pas très accrocheur. L’image en haut du blogue aurait pu être plus adaptée au sujet. Ou alors ajouter une image illustrant la dépendance (de la drogue, seringue, bouteille d’alcool, quelqu’un qui fume, etc) aurait mis un peu de piquant.

9 12 2010
Anne Rossignol

**********QUESTION*****************

Alexandra boit une tisane à la camomille tous les soirs avant d’aller se coucher. Elle dit que cela la détend, elle dit aussi que les soirs où elle ne peut pas en prendre, cela la perturbe…
Est-ce que cette tisane est devenue une addiction au même titre qu’une drogue psychotique? Expliquez votre réponse.

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